Annecy-le-Vieux

Fermer Introduction

Fermer 1 : La terre et les hommes

Fermer 2 : De la préhistoire à la naissance d'Annecy-le-Vieux

Fermer 3 : La paroisse et ses édifices religieux

Fermer 4 : Un moyen-âge obscur et difficile

Fermer 5 : 17ème et 18ème siècle : une image qui se précise et se durcit

Fermer 6 : La Révolution et l'Empire (1792-1815)

Fermer 7 : La Restauration Sarde (1815-1860)

Fermer 8 : De l'Annexion à l'urbanistion

Fermer Annexe 1 : La vigne et le vin

Fermer Annexe 2 : La famille de Menthon de la Balme au château de la Cour

Fermer Autres annexes

4 : Un moyen-âge obscur et difficile - 4.7 : Seigneuries et maisons-fortes
Ces institutions, caractéristiques du système féodal, contribuent à quadriller le pays pour le compte du souverain. Elles se confortent sans se confondre.
La seigneurie est un ensemble de biens et de droits qui constituent la propriété éminente et la zone de juridiction d’une personne physique ou morale nommée « seigneur ». Ce dernier tient sa juridiction « en fief », directement ou indirectement du souverain.
Une seigneurie complète comporte trois éléments :
·         la réserve, à savoir le château et les biens propres qui sont la propriété pleine et entière du seigneur ;
·         le domaine direct, à savoir des terres confiées à des paysans (favetiers) moyennant des « servis » ; les paysans peuvent ces terres moyennant des droits de mutation (lods et ventes) ;
·         enfin, le droit de justice sur le domaine direct, exercé par un juge, généralement un avocat.
Annecy-le-Vieux a connu deux types de seigneurie :
·         La seigneurie d’Annecy-le-Vieux, seigneurie sans château, ayant appartenu aux comtes de Genève, puis aux ducs de Genevois-Nemours ; cette seigneurie possédait le droit de justice haute, moyenne et basse (dite justice omnimode), compétente pour l’ensemble des crimes et des délits ;
·         De petites seigneurie avec un château, sans juridiction, (la Cour, la Pesse, Novel) ; de faible valeur car leurs droits sont épars et difficiles à percevoir ; elles peuvent être vendues à un autre propriétaire noble.
A partir du 12ème siècle, de nombreuses maisons-fortes font leur apparition dans la région, répondant à un besoin de sécurité. Résidences de seigneurs, postes de surveillance près d’une voie de passage, refuges contre les pillards, ces maisons ont vite perdu leur intérêt stratégique du fait de l’évolution de l’art militaire. Elles se sont peu à peu transformées en maisons de campagne ou en centres d’exploitation agricole. Un fermier y réside en permanence tandis que le propriétaire, qui s’est réservé une partie du bâtiment, vient surveiller la moisson et les vendanges. D’un entretien coûteux, elles ont souffert de l’usure des siècles et plusieurs ont disparu.
Annecy-le-Vieux a connu cinq, peut-être six, maisons-fortes. La plus importante, à savoir le château de la Cour, sera présentée dans l’Annexe II consacrée à la famille de Menthon, qui l’a occupée pendant près de cinq siècles.
On sait que le château de Novel a servi de résidence aux comtes de Genève au douzième siècle ; il faisait, à l’époque, partie d’ Annecy-le-Vieux. La seigneurie de Novel restera longtemps à cheval sur Annecy-le-Vieux et Annecy. En 1629, après avoir changé plusieurs fois de mains, le domaine va échoir au monastère de la Première Visitation, à l’occasion de l’entrée en religion de cinq filles de « Noble et spectable » Michel Viollon de Nouvelles, docteur en droit, syndic d’Annecy.
Ce domaine comportait, à l’époque, une maison-forte entourée de deux granges. Un pont, qui menaçait ruine, donnait accès à une cour où se trouvait une bâtisse dominée par une tour ronde, avec une viorbe[1] desservant l’unique étage et le grenier. Au rez-de-chaussée, le « pèle », la cuisine, un pressoir et une cave ; à l’étage, une vaste salle et des chambres. Non loin de la maison, une grange avec une treille et un colombier[2].
Le château des Bois appartenait à la famille de ce nom, plusieurs fois citée dans l’histoire d’Annecy-le-Vieux, parfois sous sa forme latine : de Memoribus. Ce nom apparaît en 1371, date à laquelle Madame Rodolphe de Memoribus lègue 60 sols à l’église Saint-Laurent. Le cas de cette famille a été évoqué pour montrer que la noblesse n’allait pas toujours de pair avec la richesse : le « rôle des misérables » d’Annecy-le-Vieux cite les enfants du Noble Amé des Bois « qui vont affanant leur çà et là aux aumônes des gens de biens[3] ». on a vu plus haut que les nobles Jacques et Pierre des Bois figuraient parmi les décimateurs de la paroisse en 1543.
En 1635, Noble jacques des Bois vend pour 12.500 florins au monastère de la Deuxième Visitation ses biens situés « aux Bois », près du chemin d’Annecy à Thônes. Il comprennent une « maison haute » de trois étages avec une viorbe et un colombier, le tout couvert de tuiles, ainsi qu’un four et une grange couverte de paille. S’y ajoute un « grand mas » composé de vingt « seytorées »[4] de prés, trente-cinq « poses »[5] de terres et deux poses de teppes, le tout d’un seul tenant ; enfin, vingt-sept poses éparses de prés, terres, teppes et bois[6].
Les substructures médiévales encore visibles près de la villa Jeanne d’Arc au hameau de Sur-les-Bois pourraient constituer les derniers vestiges de cette maison-forte. L’expression « Château des Bois » était encore employée comme nom de lieu habité lors du dénombrement de 1832.
Le château de la Pesse, avec sa structure massive, fait encore partie du paysage d’Annecy-le-Vieux. Il tire peut-être son nom de la présence d’un sapin (pesse dans le parler local). A la fin du 14ème siècle, il appartenait aux nobles Emyon, apparentés à la famille du Cardinal de Brogny. En 1543, il passe par mariage à Jacques de la Rochette, ensuite, par héritage, à Jacques de Montfalcon, puis à son frère Sébastien, dernier évêque de Lausanne.
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Sébastien de Montfalcon vend la Pesse vers 1550 à Amédée Viallon qui obtient en 1556 du souverain l’autorisation d’acheter un fief noble. En 1750, Françoise Viallon apporte la Pesse en dot à César-Louis du Tour, baron d’Héry. En 1768, la Pesse apparaît comme le siège d’une exploitation agricole du vingtaine d’hectares dont les maîtres se réservent le premier étage pour des séjours temporaires.
Comme le château des Bois, et celui de la Pesse, le château de Verboux était situé à proximité de l’ancienne route d’Annecy à Thônes. Il rappelle l’existence d’une seigneurie de ce nom qui eut également un château à Arsine (commune de Clarafond) et un autre à Usinens, en Semine, entre le Rhône et les Usses.
Le nom de Verboux (ou Verboz) proviendrait, selon le professeur Charles Marteaux, du nom « barbare » Warbodus qui se rattacherait à une villa au 8ème siècle[7].
La présence de membres de la famille de Verboux à Annecy-le-Vieux est attestée au 14ème siècle : Jean de Verboux, né dans cette paroisse, prêtre de l’évêché de Genève, passe une reconnaissance en 1408.
Selon l’Armorial de l’ancien duché de Savoie, la seigneurie de Verboux appartient, à la fin du 16ème siècle, à la famille de Baillans, dont les membres sont « coseigneurs de Verboz, Moisy, Vignères et coseigneurs de Semine ». Deux fils de Jacques de Baillans, Claude et François, sont baptisés à Annecy-le-Vieux le 5 novembre 1607. leur nièce, Christine, épouse Gaspard de Varax, comte de Chatel, en Semine, à la limite d’Usinens et de Bassy ; elle lui apporte en dot les biens des Verboux-Baillans, y compris ceux d’Annecy-le-Vieux.
En 1730, le comte de Chatel est propriétaire à Annecy-le-Vieux de vingt-cinq hectares, dont une grande partie autour du château, et d’un four à Vignères.
En 1760, Louis-Christin de Varax, Comte de Chatel, vend le château de Verboux à Claude-François Magnin, né à Compesières (au sud de Genève), bourgeois d’Annecy et avocat au Sénat de Savoie. A cette date, le corps de logis comprend un bâtiment carré, avec un rez-de-chaussée, deux étages et un galetas, ainsi qu’une tour carrée. Au rez-de-chaussée un « tenailler » ( ? ), une cave et une « grotte » (pièce où l’on abritait les archives) ; au premier étage, une ancienne chapelle, une cuisine et ses latrines ; au second, une cuisine et deux chambres. A l’est du château, la maison du granger comprend une cuisine, un poêle, une grange, deux « bouvées » et une cabane à cochon[8].
Enfin, la présence de ruines importantes près de l’emplacement de l’ancienne chapelle de Brogny (ou de Bellegarde[9]) a conduit à l’hypothèse de l’existence d’un « château de Bellegarde » appartenant à la famille Arpiaud. La présence de cette famille à Annecy-le-Vieux est attestée vers la fin du 15ème siècle ; Antoine Arpiaud, né dans cette paroisse, est notaire à Saint-Julien en 1526. Nous avons vu au chapitre III comment Claude-Nicolas Arpiaud, par son mariage en 1628 avec Annable de Mandolle, descendante de la famille de Bellegarde, s’est intégré à la noblesse locale. Il est possible qu’il ait fait construire une chapelle à côté de sa résidence.
En 1730, on trouve, en effet, sur la mappe un vaste bâtiment de 200 m² de surface dont le propriétaire est Pierre-François Arpiaud. L’ensemble des biens de Arpiaud de Bellegarde (chapelle, bâtiment et terres avoisinantes), peut-être passé à la famille de Menthon-Lornay après 1737, sera vendu comme bien national sous la Révolution.


[1] escalier en spirale.
[2] Seuls les nobles ont le droit d’avoir des pigeons.
[3] Devos R., Gabion R., etc…La pratique des documents anciens, Annecy, 1973,p. 255.
[4] Seytorée : surface qu’un homme peut faucher en un jour.
[5] Pose : surface qu’un attelage peut cultiver en un jour.
[6] R.S., 1900, p.
[7] Coutin Ch., Documents de l’Académie Salésienne, T. 76, 1962, p. 22
[8] D’après un « acte d’état » du 16 juin 1760, insinué au feuillet 265 du second livre du tabellion d’Annecy.
[9] Cf. chapitre 3 - 3.4 La chapelle de Brogny (ou de Bellegarde)

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