Annecy-le-Vieux

Fermer Introduction

Fermer 1 : La terre et les hommes

Fermer 2 : De la préhistoire à la naissance d'Annecy-le-Vieux

Fermer 3 : La paroisse et ses édifices religieux

Fermer 4 : Un moyen-âge obscur et difficile

Fermer 5 : 17ème et 18ème siècle : une image qui se précise et se durcit

Fermer 6 : La Révolution et l'Empire (1792-1815)

Fermer 7 : La Restauration Sarde (1815-1860)

Fermer 8 : De l'Annexion à l'urbanistion

Fermer Annexe 1 : La vigne et le vin

Fermer Annexe 2 : La famille de Menthon de la Balme au château de la Cour

Fermer Autres annexes

Annexe 1 : La vigne et le vin - 1 : Les « Gaviules » d’Annecy-le-Vieux
Si les vins de l’Allobrogie étaient appréciés à Rome, on ne sait pas depuis quand la vigne a été cultivée dans la région. En 867, le projet de donation par Lothaire II de domaines, dont celui d’Anersiacum, mentionne la présence de vignes.
Le nom d’Annecy-le-Vieux est associé, depuis le Moyen-Age, à la présence de vignes. Ses collines bien ensoleillées, relativement protégées du vent du nord, fournissent un site favorable à la culture de la vigne. Les caves creusées dans la molasse avaient la réputation de bien conserver le vin.
ALVA10001.jpgLes habitants étaient surnommés les « Gaviules[1] d’Irnecy-le-Viuz ». Des noms de lieux anciens, tels Vignères, Provins (autrefois Prévins), la Cave, évoquent la présence de vignobles. Au 14ème siècle, on buvait, à Annecy, du vin de Vignères.
Un document du 3 avril 1352 décrit la cession d’une vigne et le cérémonial qui l’accompagne. Le damoiseau Jean de Bornay cède à Jean de la Palu et à sa femme Eymonette « en albergement perpétuel et en fief » une vigne sise en face de la route d’Annecy-le-Vieux au Rampon, moyennant la livraison « d’une sommée[2] de vin pur et convenable à la mesure d’Annecy ; le damoiseau investit l’acquéreur en en lui remettant une baguette entre les mains.
Les propriétaires des terres d’Annecy-le-Vieux favorisent la culture de la vigne, sur pieds ou sur « hutins[3] ». Il était de bon ton, pour un notable d’Annecy, d’offrir à ses amis du vin de son crû et, pour cela, de posséder une vigne proche. Annecy-le-Vieux en fournissait à bon compte.
Au 18ème siècle, Annecy-le-Vieux devait fournir annuellement huit sommées de vin à la Collégiale Notre Dame de Liesse pour l’entretien des dix enfants de chœur. En 1740, cette obligation n’ayant pu être assumée fut remplacée par la donation, chaque jour, aux enfants de chœur de cinq « picholettes »[4] de vin vieil du pays et,à défaut, on en prendra au cabaret ».
Les baux des fermiers et des grangers contiennent des clauses précises sur les travaux et les soins qu’exige la vigne. L’hiver, on taille, on remonte la terre entraînée par les ruissellement, on « provigne[5] » (en couchant une partie des vieilles souches et en enterrant les sarments). Au printemps, on « échalasse », on fossore[6] et on fume les terres.
Le fumier de cheval était apprécié et c’était une aubaine quand des régiments de cavalerie venaient cantonner à Annecy ; le Conseil municipal en réclame un le 29 Germinal an IX. Les Barnabites d’Annecy avaient la réputation de bien soigner leur vigne d’Annecy-le-Vieux qu’ils fumaient avec du foin du marais, des balayures de couvent et des déchets de cuisine.
Les propriétaires venaient souvent surveiller la vendange. Il fallait presser le raisin avant que la récolte soit partagée par moitié entre propriétaire et fermier. Il fallait enfin cercler les barils et effectuer les charrois.
Et malheur au vigneron qui laissait aigrir une sommée de vin rouge ! En 1721, le granger Mottaz, d’Annecy-le-Vieux est frappé, pour ce motif, d’une amende de 4 florins par son propriétaire Nouvellet, un avocat annécien aux dents longues.
Un édit de Philibert-Emmanuel (daté de 1559), repris par le « Règlement particulier pour la Savoie » (de 1773), préside jusqu’au 19ème siècle à l’organisation des vendanges et la surveillance des vignes.
Le « ban des vignes » fixe la date des vendanges après que deux experts aient constaté que le raisin était mûr et que le froid risquait de le faire péricliter. Les infractions au ban étaient punies d’amende et pouvait aller jusqu’à la confiscation de la vendange.
Les gardes-vignes, désignés chaque année par roulement, étaient assermentés et étaient chargés d’interdire, à quiconque, l’entrée dans les vignes dès que le raisin commençait à mûrir et d’empêcher, en tout temps, l’entrée du bétail.
ALVA10002.jpgIls devaient faire des rondes de jour et de nuit. La fonction était rémunérée. A la fin du 18ème siècle, le garde-vigne percevait un sol dix deniers par fossorée, deux sols pour le clos du Piou (proche de la route de Genève, il était, peut-être, plus exposé aux grapillages).
La vigne était cultivée dans des clos entourés de murs de pierres sèches. Au début du 19ème siècle, on en comptait quatorze, largement étalés dans la commune : Boisjettaz, les Caves, les Chapelaines, les Cuisinances, les Derniers, les Falconnes, Méribel, les Michaudes, Novel, le Pannet, le Piou, Sous-le-Clocher, les Tablettes et la Vardaz.
On y cultivait cinq cépages : blancs, gros noirs, servagnins[7], douces et rouges.
Au début du 19ème siècle, la vente du raisin à Annecy est réglementée : elle est interdite en l’absence d’un certificat du maire, valable vingt-quatre heures et attestant que le raisin était du crû du vendeur.
Faut-il évoquer, en ce qui concerne Annecy-le-Vieux, ce que les historiens ont appelé un « fétichisme viticole », responsable, à leur avis, de la léthargie rurale ?
Il est difficile d’apprécier quelle pouvait être la qualité du vin d’Annecy-le-Vieux. Il était, semble t’il, moins estimé que celui de Veyrier et surtout celui de Talloires, dont le vignoble était bien protégé des vents du Nord[8]. Le vin blanc était préféré au vin rouge. Il y avait, également, du « vin clairet ».
Dès le 18ème siècle, on observe que « la vigne paye à peine les labeurs et les travaux ». De 1730 à 1790, le prix du vin rouge sur le marché d’Annecy diminue d’un tiers par rapport à celui des céréales. En 1756, le secrétaire de la paroisse d’Annecy-le-Vieux note que la production de vin est largement excédentaire et suggère la transformation d’une partie des vignes en prés.
La superficie du vignoble va diminuer régulièrement : 93 hectares en 1730, 75 en 1848, 60 en 1882. Depuis 1847, la municipalité ne désigne plus de gardes-vignes.
L’enquête agricole de 1886 donne les précisions suivantes :
  • Nombre de pieds par hectare : 12000,
  • production de vin : 1800 hectolitres, soit 30 hectolitres à l’hectare,
  • valeur de la production de vin : 63.000 F (contre 67.500 F pour la production de lait),
 
Dans les années 1880-90, le prix du vin rouge de Novel sur le marché d’Annecy varie de 25 à 35 F la « sommée ».
L’épidémie de phylloxéra, à partir de 1893, et l’arrivée des vins du Midi par le chemin de fer vont hâter le déclin de la vigne d’Annecy-le-Vieux qui n’occupe plus que 22 hectares en 1906. L’essai de greffage de nouveaux plants et l’organisation de cours par le Conseil municipal ne pourront modifier une évolution inévitable.


[1] Gaviules = paquets de serments
[2] Quantité que peut porter une bête de somme (120 l. 86)
[3] Vigne haute, plus souvent accrochée à des arbres.
[4] Picholette : bouteille d'une contenance de 35 cl.
[5] Provigner : reproduire par marcottage.
[6] Fossorer : retourner la terre avec un « fossoir » ou pioche à deux dents.
Fossorée : surface de vigne que l’on peut retourner en un jour (294 m2).
[7] Cf. salvagnin : plan de vigne hâtif à grains serrés et à petites grappes rouges.
[8] Les monographies communales assurent que le vin de Pringy était « des plus verds » et le pire de toute la province. Quant à celui de Saint-Jorioz, les mauvaises langues l’avaient surnommé le « vin-de-trois » car il fallait deux hommes pour tenir celui qui en buvait, tant il était acide.

Annexe 1 : La vigne et le vin-->


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